Montréal Québec en 950,400 coups de pédales 
 
Le soleil tape dur en ce midi du 15 août 1978. Au coin des rues Drolet et Duluth, devant le café '' Le Matin des magiciens'' une foule nombreuse semble attendre un événement. Soudain se dressent au dessus des têtes six personnages bizarrement accoutrés. En équilibre sur leurs unicycles, vêtus du costume du gladiateur, voici ben La barouette, Reynald Bouchard, Jean-Luc Arène, Claude Descoste, Louis Perrault et Gérald Tardif, à l'aube d'une grande aventure: ils effectueront le trajet Montréal Québec sur une roue. 
 
Entourés de jongleurs, de musiciens, d'amis et de voisins, les six intrépides se dirigent vers l'hotel de ville de Montréal, première conquête de leur croisade. Ils envahissent la place au son de la musique et des rires, au rythme des danses et des pirouettes. Reynald prend alors la parole au nom de ses compagnons: ''Nous gladiateurs unicyclistes, proclamons que par les forces de l'amour et de l'humour, nous assiégerons villes et villages sur notre chemin afin d'éveiller la population à la cause des '' amuseurs publics''. Nous faisons serment que ni la puie, ni la neige, ni les vents contraires ne nous empêcheront d'aller à Québec et que, le parlement capturé, nous remettrons au ministre des affaires municipales, M. Tardif, une pétition appuyant la cause des ''amuseurs publics''. Nous demandons que soit amendés et même révoqués les règlements municipaux qui interdisent aux amuseurs de se produire dans la rue et d'en vivre. Au milieu des applaudissements et des ovations, les gladiateurs enfourchent leur cheval de bataille et entonnent l'hymne du départ. Nos routiers mettront six jours pour atteindre Québec au rythme d'environ 50 kilomètres par jour. Ils pourront compter sur l'aide précieuse de Balthazar qui les accompagne à bicyclette et de Pierre-Paul et Marc-Antoine qui suivent en camionnette. 
 
Belle randonnée en perspective... 
 
Le premier soir, les gladiateurs s'emparent de Repentigny. Au terme de cette journée, ils peuvent se faire une bonne idée de ce qui les attend... La chaleur, la soif, la fatigue, les irritations et les ennuis mécaniques feront partie du voyage. Nos amis ne sont pas au bout de leurs peines; encore plus de 800,000 coups de pédales avant Québec. 
 
Les unicyclistes reprennent la route très tôt le lendemain matin, après avoir passé la nuit dans les locaux du service des loisirs de la ville. Ils devront franchir la plus grande distance possible avant que la chaleur ne devienne intolérable. L'expérience de la veille permet de remédier à certains problèmes. ainsi, Balthazar distribue des citrons pour tromper la soif, ainsi que des couches et de la fécule de mais, indispensable pour atténuer les inconforts de la selle. Marc-Antoine s'occupe des liniments, tandis que Pierre-Paul, en éclaireur, sollicite gîtes et repas. Vers 19 heures, ils assiègent Berthier. Une fois la ville prise, ils déposent casques et armures en des endroits stratégiques de la salle du conseil municipal dont le tapis moelleux leur servira de couche.